Sélectionner une page

Êtes-vous déjà allé au musée de Jérusalem au 11 rue Ruppin ? Il y a sur la droite après le portillon d’entrée, une allée fleurie qui nous mène au Sanctuaire du Livre. Celui-ci est chapeauté par un lumineux dôme en céramique blanche qu’arrose une constante pluie fine et qui représente le couvercle d’une jarre. Y sont abrités quelque neuf cents manuscrits qui ont été mis au jour à Qumrân. Ces documents sont datés entre 250 ans avant notre ère jusqu’à 70 de notre ère. Parmi eux se trouve le Grand Rouleau d’Isaïe, le plus ancien texte hébreu complet.

Vous êtes-vous déjà promené dans le petit jardin, derrière le Centre de l’héritage de Menahem Begin à Jérusalem au 6 rue Nakhon ? Il y a là, une grille de fer qui amène gracieusement à un des sites archéologiques les moins connus et pourtant les plus conséquents pour l’histoire des Juifs. Sachez que s’y trouvent plusieurs grottes funéraires, rassemblant une série de tombes. À première vue, l’endroit paraît sec, pâle et infructueux. On n’y regarde mal parce qu’il aura été d’une générosité qui me laisse depuis des années sans voix.

Sous l’une des nombreuses sépultures, ont été découvertes en 1979 deux des preuves indiscutables de l’existence du Premier Temple. Deux amulettes d’argent. C’est à côté du drapeau national que nous devrions placer le symbole de cette étonnante découverte. Il faudrait dessiner ces amulettes sur le battant des portes. Les suspendre en collier ou en pendants d’oreilles. Les épingler sur les cravates ou coller leur photo sur la carrosserie des autobus. 

Parlons le temps de quelques lignes du contexte géographique de cette découverte.

Face aux murailles de la Vieille Ville il existe un complexe funéraire qui avait été creusé à même la roche d’une colline dont le relief épouse joliment les formes d’une épaule d’où son nom de KETEF. Plus précisément on l’appelle KETEF HINNOM, car la vallée en contrebas appartenait au fils de HINNOM. Expression que l’on traduit par Ben ou Hen Hinnom. Le mot « vallée » peut se traduire en hébreu par « Guei ». Donc pour les hébraïsants le nom complet de la « Vallée du fils de Hinnom » donne « Guei Hen Hinnom ». Autrement dit GueiHinnom. L’enfer. La vallée de l’enfer. Si le mot est effrayant, la promenade y est pourtant bien agréable. Sur les hauteurs on y voit la cinémathèque, au loin la Tour de David, et plus près la Piscine du Sultan servant de théâtre extérieur. Au fond du ravin, un pâtre arabe y fait parfois paître ses brebis et des groupes de touristes non superstitieux y pique-niquent à la saison chaude.

Est-ce parce que Moabites et Ammonites y sacrifiaient leurs enfants à Moloch ou que le roi Josias, farouche opposant à ce rite, profanait ce lieu en y répandant des cadavres, que cette ravine allait devenir l’antichambre de l’horreur ? Pour la tradition juive, le Gueihinnom a plutôt le sens de celui que l’on donne au purgatoire. Il est le lieu du passage amenant, suite à une année d’épreuves difficiles, mais réparatrices, à la purification de l’âme des défunts avant qu’elle ne s’envole vers la Lumière.

Pour en revenir à nos deux amulettes, elles furent excavées là, sur les hauteurs de Ketef Hinnom, à quelque vingt minutes à pied de l’Esplanade du Temple. Dans leur fine masse d’argent, aussi fine qu’un papier de soie, avait été gravé le nom du Tétragramme ainsi que dix-huit des lignes de la bénédiction des Cohen. Exactement celle que les Juifs du monde entier lisent dans la Torah, dans le Livre des Nombres VI, 24-26 : « Que l’Éternel te bénisse et te protège ! Que l’Éternel fasse rayonner sa face sur toi et te soit bienveillant ! Que l’Éternel dirige son regard vers toi et t’accorde la paix ! »

Vous ai-je dit que ces amulettes sont incontestablement datées de 700 à 600 ans avant notre ère ? C’est-à-dire cinq cents ans avant les Manuscrits de Qumran pour lesquels, en partie, fut construit le Grand Musée de Jérusalem ? !? Or, il n’y a rien de magistral ou peu de choses pour mes amulettes qui gisent dans les ténèbres d’un couloir du susdit musée. C’est navrant. Ce n’est pas normal. Je recherche celle ou celui qui m’expliquerait la raison pour laquelle si peu de gens connaissent l’existence de cette découverte archéologique. Je demande aux vents, aux flots, à la Huppe Fasciée et aux journalistes de propager cette information.

 

Pourquoi faudrait-il battre tambours ? Parce que si la majorité des archéologues estiment qu’il y eut un Temple à Jérusalem, sur l’Esplanade que l’on appellera en grande intelligence, l’Esplanade du Temple, peu de vestiges attestent de son existence. Tant et tant de guerres ont ravagé ce lieu. Tout de même c’est logique et cela devrait être une évidence pour tout le monde : S’il y a eu des Cohen, des prêtes ce n’aura pas été pour arbitrer un match de foot organisé sur le Mont Moriah. Ce n’aura pas non plus été pour interpréter une danse folklorique sur les planches du Théâtre en contre-bas, ni pour assurer la billetterie de la cinémathèque. Les Cohen et les Levy, s’il fallait le rappeler, ont le privilège d’assurer le sacerdoce au Temple. Les offrandes pour les uns, la musique pour les autres. Or, ces rituels ne se faisaient qu’au seul et unique Temple juif de la région, du pays, du monde : Le Temple de Jérusalem. L’archéologie constate et témoigne que les anciens lieux de culte d’Arad, de Beer Sheva et de Lakish, qui furent en activité à l’âge du fer c’est-à-dire à l’époque du Roi David, avaient été démantelés au profit d’une centralité du culte à Jérusalem. Ces faits que les scientifiques confirment ont été consignés dans nos Textes.

Tous les Cohen, depuis l’âge de leurs trois ans avaient été éduqués à assumer toutes les fonctions sacerdotales que l’on devait remplir au Temple de Jérusalem. Vingt-quatre groupes d’une dizaine d’entre eux s’étaient relayés au fil des siècles. Et voilà que ces deux amulettes, à moins d’un kilomètre et demi du Temple, nous dévoilent la présence de ces descendants d’Aaron.

Permettez que je vous présente le contexte historique dans lequel avait vécu la défunte personne à laquelle étaient attribuées ces amulettes.

En 722 avant notre ère, l’Empire assyrien après avoir combattu le royaume de Babylone veut en découdre avec l’Égypte sa grande rivale. Or, les tribus juives, leur monarchie, se trouvent non seulement à la croisée des chemins, mais de plus divisée en deux clans depuis deux cents ans. Celui de Judée au sud ayant Jérusalem comme capitale et celui de Samarie au nord dit, Royaume d’Israël organisé autour de Sichem.

Il y aura pour chacun de ces deux royaumes deux vagues d’attaques successives. La première sera lancée sur la Samarie par Sargon. (Non pas Sargon 1er qui vécut circa 2300 ans av.ne., mais Sargon 2ème que nos Textes appellent Tartan). L’armée assyrienne en rang derrière ce redoutable guerrier s’attaque aux rois Joram, Jéroboam et Menahem. 27 000 juifs de ce royaume du nord seront exilés sur les bords du Tigre autour de Ninive ou Kalkhu aujourd’hui, dans la région de Mossoul. Cette diaspora sera le sujet de mon prochain billet. Je vous y dévoilerai un scoop dans lequel je vous expliquerai ce qui m’a amené à penser que les Chouraki dont je suis issue, comme les Chouraqui, les Cherki, Chriki, Sriki, Asharqui … firent partie de cette toute première diaspora.

Quant aux rois de Judée, Ahaziyahu, Ozias et Ezéchias… souvent alliés aux Égyptiens dont ils sont géographiquement plus proches, seront soumis plus tard. 136 ans plus tard. Les Babyloniens entre temps ont chassé les Assyriens et ont repris en main leur royaume appelé cette fois néo-babylonien. En 586 av.ne. Nabuchodonosor 2ème du nom, incendie le Temple de Jérusalem. Les élites du royaume de Juda seront exilées sur les bords de l’Euphrate, à Babylone, aujourd’hui dans la région de Bagdad.

Selon la tradition, l’ensemble des exilés juifs, quelle que soit la satrape dans laquelle ils avaient été déportés, au nord à la frontière anatolienne ou au sud près de Bassora, ne reviendront en Judée que cinquante ans après, dès lors que l’empire néo-babylonien tombera sous les coups de ses voisins de l’est, les Perses, à la tête desquels se trouve Cyrus. La construction du Second Temple se fera grâce, en grande partie, aux aides financières allouées par l’administration de Persépolis. Les fonctionnaires de Darius puis de son fils Xerxès reprendront la politique diplomatique de Cyrus. Il est bon de savoir que nombre de peuples que ces aryens ou prochainement iraniens venaient de libérer, qu’ils soient Zoroastres, Orphiques, adorateurs des iris, des poissons-chats, idolâtres ou israélites, ne repartaient pas les mains vides vers leur pays natal. Suite à des pourparlers, dûment notifiés et qui n’en finissaient jamais, une certaine somme d’argent était destinée, permettant à chaque tribu en diaspora de rétablir, chez elle, son propre culte et de vouer par la même, une reconnaissance éternelle à leurs bienfaiteurs. Objectif atteint. Aujourd’hui encore les descendants de ceux qui étaient repartis vers « Yehoud Médinata » termes employés par les sources épigraphiques perses, remercient encore Xerxès ou Xasayarsa en persan et Assuérus en hébreu.

Les exilés mettront vingt ans à reconstruire le Temple. À partir des années 656 voire, 636 av.ne., le service divin y sera ininterrompu. Le sacerdoce ne s’arrêtera que le jour de sa destruction totale, sous Titus.

Notons que les prêtres n’avaient jamais arrêté leur ministère quand les troupes d’Alexandre le Grand avaient investi la capitale. (Je serais heureuse d’écrire un billet sur les placards séleucides.)

Sur les fondations du Second Temple, Hérode aura fait aplanir l’Esplanade pour y construire des extensions. Il ne bénéficiera de ses embellissements, aussi majestueux fussent-ils, que pendant sept années, car en 70 de notre ère l’ensemble sera détruit.

Les Romains construiront sur cet emplacement et selon leur coutume architecturale, un édifice à coupole dédié à Jupiter Capitolina. Des siècles plus tard et au-dessus de ce sanctuaire, les Byzantins, incroyables constructeurs et suivant les mêmes lignes, réaliseront une nouvelle structure surmontée elle aussi d’un dôme. Ne pensez pas une minute que les envahisseurs arabes qui ne connaissaient à l’époque absolument rien de l’architectonique eurent pu élever un dôme sur une structure octogonale. C’est un tour de force qui demande une incroyable maîtrise et une véritable expérience des choses de la maçonnerie. N’oubliez pas que ces Sarrasins (fils de Sarah), Hagariens (fils d’Hagar) et autres clans, venaient de sortir de leur désert, de leur tente en poil de chèvre.

Revenons à nos moutons, à nos deux amulettes.

Le défunt auquel elles appartenaient put parfaitement de son vivant, avoir assisté aux cérémonies faites au Temple de Salomon. On peut imaginer qu’il n’habitait pas très loin de son lieu d’inhumation. Peut-être même avait-il suivi la construction du tunnel d’Ezéchias qui allait apporter l’eau au Temple.

Voyons plus en détail cette découverte archéologique.

Il y a derrière le Centre Begin, sept grottes arrangées chacune en plusieurs pièces dont la disposition respectait l’organisation reconnue des sépultures juives. Après avoir passé une cour à ciel ouvert on pouvait se rendre dans une grande salle menant à plusieurs chambres funéraires dans lesquelles des dizaines de lits superposés avaient été sculptés dans la roche. Les défunts étaient placés sur ces bancs et leur tête reposait sur un oreiller de pierre sculpté à la manière des appuis- tête japonais. On peut en voir une rangée, car le plafond de plusieurs sépultures s’est écroulé.

Sous de nombreux lits ou banc de pierre, avait été creusée une fosse dans laquelle après une cérémonie de deuil, ont glissait la dépouille du gisant. Un an après le décès, un rituel était programmé afin de déposer respectueusement sous le lit les ossements asséchés du mort. Un autre défunt pouvait ainsi prendre la place devenue vacante. Il en allait ainsi au fil des siècles pour les générations à venir jusqu’à celles des cavaliers de la Xème légion romaine postée au Mont des Oliviers puisque l’on a trouvé certains artéfacts s’y référant. Si la plupart de ces fosses ont été pillées, il en est resté une que l’éboulement du plafond supérieur protégea des voleurs. L’équipe du professeur Barkay qui fit la découverte du site déblaya outre les ossements, des urnes, des pichets, des lampes, des offrandes et ces fameuses deux amulettes. Elles avaient alors l’apparence de deux mégots de cigarettes d’une couleur gris violacé.

 

Il aura fallu trois années d’un travail d’orfèvre pour dérouler, sans les briser, ces deux petits cylindres, avant de s’apercevoir qu’il s’agissait de deux plaquettes d’argent enroulées sur elles-mêmes, certainement portées en bijoux et qui devaient s’embobiner autour de la chaîne d’un collier.

Sels, acide formique, plaquage de verni acrylique puis sertissage méticuleux entre deux plaques de verre… c’est ainsi que le Musée de Jérusalem nous les présente.

La plus grande mesure 9,7 centimètres de long sur 2,7 centimètres de large. La plus petite mesure, 3,9 centimètres de long sur onze millimètres de large. Il y eut largement la place d’y graver le nom du Tétragramme, de l’Imprononçable.

Quant à l’écriture, que ce soit celle du Nom de D.ieu ou celle de la bénédiction des Cohen, elle est en paléohébraïque, c’est-à-dire dans un alphabet dont les Juifs se servaient depuis, selon la tradition, le Don de la Torah. Cette écriture protosinaïtique sera remplacée, depuis le retour d’Exil de Babylone, par l’araméen.

Au sujet de ces amulettes, osons parler de proto-téphilines puisque c’est le terme que les archéologues ont employé en déchiffrant un papyrus d’Edfou sur le Nil, daté des années 250 ans avant notre ère sur lequel était inscrite la mention de « 10 tephilot en argent ».

L’une et l’autre, sont la plus ancienne preuve de l’existence de Cohen donc de l’existence du Premier Temple. Textuellement le BEIT HA MI KADOSH ou encore de BEIT HA MI KADASH, la Maison de Sainteté. Nos voisins palestinistes appellent l’endroit l’Esplanade du Bayt al Maqdis, l’Esplanade de la Maison de Sainteté. Nous ne les contredirons pas.